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GROSSESSE ET SCLÉRODERMIE : RÉSULTATS D’UNE ÉTUDE RÉCENTE

Tamara Grodzicky, MD, FRCPC
Rhumatologue
Clinique des connectivites
Hôpital Notre-Dame, Centre Hospitalier de l’Université de Montréal

 

Il y a peu d’études de très bonne qualité adressant spécifiquement l’évolution de la grossesse chez les femmes atteintes de sclérodermie. Les anciennes études arrivaient à des conclusions divergentes quant aux résultats obstétricaux et à l’impact sur l’évolution de la sclérodermie chez les mères.  Une étude récente, menée dans 25 centres hospitaliers différents en Italie, publiée dans la revue rhumatologique réputée « Arthritis and Rheumatism », adresse ces questions de façon rigoureuse, et représente la plus grande étude sur la grossesse dans la sclérodermie à date.

Les auteurs, Taraborelli et ses collaborateurs, ont étudié 99 femmes sclérodermiques de 2000 à 2011, ayant eu un total de 109 grossesses, et les ont comparées avec des femmes enceintes saines (total de 3 939 grossesses). L’âge moyen des femmes à la conception dans cette étude était de 32 ans, et la durée moyenne de la sclérodermie à la conception était de 60 mois (maladie relativement précoce). Les auteurs ont observé que les femmes sclérodermiques avaient plus d’accouchements prématurés (avant 37 semaines de grossesse), plus de bébés de petite taille (« retard de croissance intra-utérine ») et de faible poids comparativement aux grossesses de femmes saines, non-sclérodermiques. L’utilisation de glucocorticoïdes serait associée à ces trouvailles, alors que la prise régulière d’acide folique, une vitamine fortement suggérée avant et pendant la grossesse chez toutes les femmes, serait protectrice. Il n’y avait pas de lien entre ces trouvailles et le type de sclérodermie (limitée versus diffuse), la durée de la maladie ni avec la sévérité de la maladie (évaluée par une échelle validée, le « Medsger Severity Score for Systemic Sclerosis »). Chez certaines malades, le phénomène de Raynaud (blanchiment des doigts au froid) et les ulcères des doigts étaient améliorés pendant la grossesse, alors que l’essoufflement à l’effort était empiré, mais toutes ces manifestations revenaient à leur état de base respectif après l’accouchement. Ces changements transitoires sont probablement expliqués par les changements physiologiques normalement rencontrés pendant la grossesse. Plus rarement (15 % des cas), une progression de l’étendue de la fibrose de la peau était observée. Dans presque tous les cas, la sclérodermie est demeurée inactive pendant et après la grossesse, sauf chez 4 des 99 patientes, où on a noté une progression de l’atteinte d’un organe interne (atteinte du cœur chez deux patientes, hypertension pulmonaire et crise rénale sclérodermique chez une patiente, chacune) jusqu’à un an après l’accouchement. Les quatre patientes ayant eu une progression de leur sclérodermie étaient toutes porteuses de l’auto-anticorps anti-Scl-70 (aussi appelé anti-topoisomérase) et avaient une maladie précoce (moins de trois ans depuis le début de la maladie). Trois de ces quatre patientes avaient une sclérodermie de forme diffuse.  Pendant les grossesses, il n’y avait pas plus de complications associées à une haute pression ni plus de pertes spontanées des fœtus chez les femmes sclérodermiques comparé aux femmes saines. Cependant, il y avait plus de césariennes électives chez les femmes sclérodermiques, possiblement dû aux craintes perçues par les médecins traitants quant aux complications possibles pendant l’accouchement chez les femmes sclérodermiques. Les procédures médicales d’assistance de la fécondation (chez les couples ayant des difficultés avec la conception) n’étaient pas associées à une progression de la sclérodermie.

En conclusion, cette étude nous confirme que les femmes atteintes de sclérodermie peuvent mener des grossesses à terme sans trop de complications. Cependant, les femmes atteintes de sclérodermie auraient un plus grand risque d’avoir un accouchement prématuré ou un bébé de plus petite taille ou de petit poids comparativement aux femmes saines. La prise d’acide folique pourrait réduire le risque de complications et devrait être initiée idéalement avant la conception, et poursuivie pendant toute la grossesse. La progression de la sclérodermie au niveau des organes internes après un accouchement est rare, mais demeure possible, surtout chez les malades porteuses de l’auto-anticorps anti-Scl-70 (ou anti-topoisomérase). La grossesse pourrait être contre-indiquée dans certains cas où il y a déjà une atteinte sévère d’un ou de plusieurs organe(s) interne(s) (par exemple, l’atteinte pulmonaire sévère, soit la fibrose pulmonaire ou l’hypertension pulmonaire), ou une sclérodermie avec diagnostic récent (moins de trois ans depuis le début de la maladie). Un suivi conjoint avec une équipe multidisciplinaire ou avec une clinique spécialisée, telle une clinique de « Grossesses à Risque Élevé » (GARE), est recommandé pour assurer une grossesse et un accouchement dans des circonstances optimales. 

Le Bulletin de Sclérodermie Québec – printemps-été 2013, volume 17, numéro 1

 

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